BAGATELLES SUR LA LETTRE G.

Vous ne me croirez pas si je vous dis que l’idée de parler de cette lettre ne m’est pas venue en lisant le bon vieux livre de Jules boucher sur la symbolique maçonnique. D’ailleurs le pauvre est en si piteux état que je dois prendre moult précaution pour qu’il ne tombe en morceaux entre mes mains inexpertes.

L’idée m’est venue en pratiquant ce sport en vogue de nos jours et cela depuis des temps immémoriaux : celui de me regarder le nombril et de m’extasier dans la contemplation de mon patronyme dont l’initiale est la lettre G. Mon délire mystique atteint son paroxysme lorsque me sauta aux yeux, si je puis dire, cette curieuse coïncidence : l’initiale de mon prénom se superposait à la lettre gamma grecque (G) retournée, équerre des francs maçons ! Imaginez ma stupeur de constater ces concordances. N’en doutez pas, elles firent frétiller de plaisir mon égo voluptueusement caressé ! J’étais un super G !

A la suite de quoi je saisi délicatement mon Jules Boucher pour savoir ce qu’il racontait sur cette lettre car je me sentais concerné.

ob_212151_etoile-10J’ai ainsi appris que cette lettre était inscrite dans une étoile à cinq branches que les Franc Maçons appellent l’étoile flamboyante. Et là mon sang ne fit qu’un tour ! Cet ensemble avait une valeur universelle seulement par le jeu des nombres. Il fallait ajouter au 5 du nombre de branches de l’étoile le 7 qui est la position de la lettre dans l’alphabet. Le total 12 lui donne une universalité, comme le soulignent les signes du zodiaque ; qu’il convient de regarder de plus prés en évitant les discours sans fondement. Et les discours sans fondements ils font légion ! C’est le passe-temps favoris de ceux qui prennent leurs désirs pour la réalité. Le monde est ainsi fait qui fait grimper ses héros d’un jour sur les épaules de sous développés. Les fans des campagnes électorales, ayant perdu toute raison devant les caméras d’un journal pour hurler avant le dépouillement du scrutin « on a gagné », sont là pour nous le rappeler. Ma concierge, cette femme à la sagesse infuse m’a dit un jour en regardant un duel politique accompagné de braillards : « Gueuler est le propre de l’homo politicard il casse les oreilles et les pieds en croyant que ça le propulse au septième ciel. » J’ignore ce qu’elle pense de l’homme sportif mais je ne vais par tarder à le savoir. Tout ce que je sais c’est qu’elle ne les range pas parmi les homos sapiens mais parmi les pithécanthropes. Il est vrai que ses connaissances en anthropologie sont des plus sommaires. Elle a du relever ce nom parmi les célèbres injures du capitaine Haddock.

L’homme ainsi survolté parvient à voir ce que personne ne voit pour se construire le monde dont il a besoin.  Tel est le grand G visible dans le ciel nocturne. Il est constitué de neuf étoiles : Bételgeuse, Bellatrix et Rigel, toutes trois de la constellation d’Orion et situées au centre, et Sirius (Grand Chien), Procyon (Petit Chien), Pollux et Castor (Gémeaux), Capella (Cocher) et Aldébaran (Taureau)

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Voilà la G maçonnique exalté jusqu’aux cieux, signature indélébile de Grand Architecte de l’Univers. C’est grisant n’est-ce pas ?

Peut être faudrait-il rappeler que dans l’astronomie populaire ce regroupement d’étoiles est appelé un astérisme.

L’astérisme est une figure remarquable dessinée par des étoiles particulièrement brillantes. En général, ces étoiles n’on rien d’autre de commun que la brillance. Elles ne sont liées ni par une interaction gravitationnelle significative, ni par une gestation commune. Conclusion l’astérisme est un objet céleste plutôt arbitraire et subjectif. En d’autres termes, avec un petit effort ceux qui affirment que nos ancêtres sont les gaulois pourraient admirer, à la place du G maçonnique, les moustaches de Vercingétorix !

Le fameux Oswald Wirth, inventeur de la géométrie philosophique et spécialiste des graphismes liée aux anciens symboles chimiques et alchimique fait remarquer dans son Mystères de l’art Royal. (1931) son rapprochement avec le sel alchimique : un cercle traversé par un diamètre horizontal. Et pour lui le sel signifie « La sagesse qui conçoit ». Allez raconter cela à un alchimiste, il vous rira au nez ! Mais par charité il exaltera la dimension spirituelle de son art qu’il sait associée à une pratique, que l’on appelle les Grand Œuvre, dont le sel est essentiel car étroitement liée, une foi correctement préparé, aux puissances universelles… Et, croyez-moi si vous le voulez, ce n’est pas une vue de l’esprit ! L’alchimiste travaille avec des matériaux concrets afin de saisir les énergies fondatrices. La matière importe peu l’important est ce qu’elle permet de faire au-delà de notre réel. Ceci étant dit vous pouvez replonger dans l’alchimie symbolique ou spirituelle, elle n’a fait de mal à personne. Je ne sais pas trop ou cela mène, je m’y suis jamais intéressé, que voulez-vous personne n’est parfait, mais que les mânes d’Hermès me gardent d’aller fourrer mon nez là-dedans !

En me replongeant dans la symbolique maçonnique de Jules Boucher. J’ai lu avec beaucoup de plaisir ce passage inspiré par son ami Fulcanelli :

«  L’étoile flamboyante, active, entourant la lettre G, montre le chemin qui conduit à l’hexagramme, étoile équilibrée, idéogramme classique de la pierre philosophale.

L’étoile flamboyante est alors la quintessence, au sens hermétique du terme, et la lettre G devient l’initiale de Graal, de ce Graal qui est le voile du feu créateur, feu qui rayonne et qui « flamboie ». 

Oui la lettre G est bien l’initiale de Graal et c’est là le message essentiel qui est lié à Genèse, car l’alchimie est genèse. Car seules les forces universelles sont génitrices, ce qui provoque, au sein de la matière, une granule à l’image de la structure intime de toutes matières.

Libre à vous de méditer sur Gravitation, Géométrie, Génie et Gnose comme le préconisent les rituels maçonniques. Certains ont écrit des traités entiers sur leurs élucubrations concernant ces seuls mots. Evidemment il n’en est sorti qu’un morne ennui.

Ce que je veux dire ici, et le souligner trois fois, c’est que la compréhension de la plupart des symboles est inséparable d’une alchimie bien comprise et non pas cantonné à sa seule dimension analogique ou spirituelle. Ceci étant dit je retourne dans mon laboratoire pour préparer le printemps. Je suis toujours en avance car je lambine en chemin.

Avec toute mon amitié.

L’IMPOSTURE d’OSWALD Franc-maçon

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Vous n’ignorez pas, depuis longtemps déjà, que même si mes propos sont parfois acerbes, je ne suis pas un démolisseur de la Franc-maçonnerie car je la respecte. Elle mérite cette considération car elle a longtemps été le vecteur d’une tradition fondamentale qui fut initiatique dans tout les sens du terme.

J’entends par initiatique, au sein de la maçonnerie ou de toute autre fraternité, l’indispensable cérémonie symbolique d’imposition d’un grade, ou de toute autre chose. J’entends surtout et essentiellement une formation mystique individuelle solide correspondant aux valeurs intrinsèques et ésotériques qui caractérisent la fraternité ou une pratique ancestrale comme l’alchimie.

Cela sous entend que la maçonnerie est d’abord et surtout une école dispensant une véritable formation structurée aux néophytes. Ces néophytes que l’on appelle  « bleus » ; la bleusaille « faisait ses classes » pendant trois ans… N’était pas maître le premier qui bousculait l’autre au portillon ou qui déclamait un discours mémorable, mais celui qui avait fait ses preuves dans sa manière de vivre et devant un jury de trois sages.

En disant cela je n’invente rien car de tout temps comme à Eleusis ou à Delphes les écoles initiatiques ont toujours fonctionnées de la même manière. En d’autres termes s’il n’y à pas de formation individuelle de la bleusaille, la fraternité est bidon.

Je n’ignore pas que l’enseignement d’un néophyte s’est progressivement effiloché au fil des décennies. Seul subsiste actuellement quelques vestiges  comme celui d’un exposé, appelé planche, qui permet un échange de connaissances théoriques et surtout un contact avec la société dans ses avancées diverses. Quant à l’étude des symboles elle a perdu progressivement son sens sous la pression d’individus, s’imposant en référence, tel qu’Oswal Writh.

Oswald Wirth (1860-1943) était sincère dans son désir de réforme de la franc-maçonnerie qui en avait bien besoin et en a encore besoin. Mais son louable élan ou son exaltation, soutenant une spiritualité biaisée, lui a fait dépasser certaines limites. En voulant prouver coute que coute le bien fondé de sa démarche il est devenu arbitraire. Le résultat en est une distorsion de la vérité pour accréditer à tout prix son opinion anti-alchimique de la pratique au laboratoire.

Oswald à voulu démontrer mordicus que l’alchimie est UNIQUEMENT spirituelle.

Je dis bien que l‘opinion d’Oswald est anti-alchimique pourtant elle est spirituelle. Cette opinion ne peut qu’être anti-alchimique car l’alchimie n’est pas uniquement spirituelle tout comme elle n’est pas uniquement un travail de laboratoire ou une introspection psychologique.

L’alchimie est tout à la fois : spirituelle ET concrète au laboratoire ET symbolique & cabalistique. Si on lui attribue un seul de ces aspecte seulement, il ne s’agit plus d’alchimie, et cela quelle que soit la terminologie employée pour la désigner.

Oswald Wirth évolue donc dans le domaine d’une « alchimie » spirituelle qui n’est donc pas de l’alchimie. Pour ce faire il va commenter une reproduction de la gravure du fameux REBIS du moine alchimiste Basile Valentin (in La symbolique hermétique p.99. Editions Dervy-livre. 1969.) qu’il affirme avoir reproduite fidèlement:

« Comme on peut en juger par la copie que nous donnons ci-dessous de la gravure sur bois originale… »

Curieuse copie fidèle « à la gravure sur bois originale » qui est signée, en bas, des initiales, de l’auteur, OW superposée. Cette reproduction n’est pas fidèle comme le montre ci-dessous (à droite) la reproduction de la FIGVRA  XCVIII (48) du Viridarium chimicum (1624) de Daniel Stolcius, réplique fidèle et incontestable à l’original publiée par Basile Valentin.

 

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 Reproduction d’O. Writh               

 

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Original de B. Valentin 

                                                        

Étrange cette boule volante n’est pas sans rappeler le disque solaire de certains pharaons. De cette boule Oswald Whirh ne dit rien alors qu’elle est la représentation graphique des quatre premiers nombres triangulaires que Pythagore appelait Tétraktys.

Ne peut-on lire leur série: 1, 2, 3 et 4.

Le 1 et le 2 représentent les deux branches de la croix centrale, le 3 un triangle avec ses trois côtés et le 4 un carré avec ses quatre côtés. Ces figures émanent du même centre.

Je ne vous ferais pas l’injure de vous rappeler ce que signifie la boule en argot (ou cabale) soulignant par là que tout se déroule dans notre tête, autant la compréhension spirituelle que la pratique de l’alchimie au laboratoire.

Cette série 1, 2, 3 et  4 est un classique de l’alchimie.

 

tetraktysLa Tétracktys de Pythagore ou les quatre premiers nombres triangulaires reproduisant le triangle symbole alchimique du feu.

 

Le 1 est la matière première, un minerai.

Le 2 est la structure binaire de ce minerai constitué de soufre et de mercure.

Le 3 est l’adjonction d’une troisième substance ou sel constituant ainsi la fameuse triade alchimique : sel, soufre et mercure.

Le 4 représente les quatre éléments issus du sel qui permet la volatilisation de la pierre ou sphère. Telle est la raison de la présence d’ailes issues des angles du carré ou quatre éléments.

C’est donc sur cette boule volante que tout repose, boule que l’alchimiste Roger Caro appelle granule et Fulcanelli bille. Elle a la particularité de se former en l’air répondant ainsi à l’affirmation du texte de la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégistes disant : « le vent la porté dans son ventre ».

C’est pourquoi l’alchimiste et chanoine anglais Georges Ripley, du XVe siècle, écrit en ses douze portes : « Notre enfant doit naître en l’air c’est-à-dire dans le ventre du vent. »

Bon je n’insiste pas car les références autant scripturales qu’iconographiques ne manquent pas.

Une signification aussi évidente que l’alchimie spirituelle commence par la tête (boule) a pu échapper à Oswal Writh reste surprenant.

La « tête » doit être « ventilée » pour accéder au silence et donc à la mystique dont l’étymologie repose sur le mot muet.

En effet, l’étymologie révèle le sens du terme mystique (mystès) datant du XIVe siècle ; qui désigne l’initié aux valeurs divines. Cette connaissance sur l’absolu étant ésotériques, l’adepte est tenu, de ce fait, de garder le silence à leur propos. Muein ou Myrein, signifie « fermer », « être fermé », « fermer les yeux » aussi bien que « la bouche ». Selon Plotin, le mystique a les yeux fermés. Il voit donc, dans le silence intérieur, avec les yeux de l’âme, alors que les yeux physiques sont clos. Le verbe grec myô (qui donna mystikos) veut dire en effet aussi bien « fermer les yeux » que « la bouche ». Myô est formé par l’onomatopée mu, qui symbolise un son inarticulé que l’on retrouve dans le mot « muet ».

Cette dimension échappe complètement au bavardage spiritualo-spéculatif d’Oswald alors qu’elle est le fondement de toutes spiritualités, comme elle est le fondement symbolique de cette gravure.

Le dragon qui est sur la boule crache du feu. Autant dire que le feu alchimique est ici un feu naturel ou résultant d’une réaction chimique exothermique. C’est cette chaleur qui va permettre d’élaborer le sang du dragon ou quintessence. C’est pour cela que le dragon est sur la boule car, en quelques sortes, il fait suite au quaternaire (le carré) qui est sous son ventre pour devenir le cinq ou quintessence.

Ce feu du dragon et la quintessence vont permettre d’élaborer le corps double ou REBIS qui est la future pierre philosophale.

Cependant l’élément essentiel pour réaliser ce REBIS est le mercure céleste dont les vibrations sont nécessaires. Telles est la raison pour laquelle cette étoile sommitale rayonne des ondulations marquant par la l’importance du phénomène vibratoire dans la « soudure » du REBIS.

VOI7TSmHGwnNoHAM0f19SCSoREw@150x168Détail de la gravure de Basile Valentin

 

C’est là que nous voyons combien Oswal With à transformé les choses puisque à la place de l’étoile à six branches il a dessiné une étoile à cinq branches afin de placer un laïus d’une page sur une étoile du microcosme qui n’a pas sa place ici.

 ilkOyFs9CPcUPcKxqHZZ8dqKNIQ@150x127Détail de la gravure frelatée par O. Wirth

C’est ainsi qu’il développe une spiritualité moralisante qui ressemble à s’y méprendre aux conseils que l’on trouve dans les vieux missels disant péremptoirement : « mettez-vous en présence de Dieu ». Evidemment les prêtres se gardent de vous dire comment il faut faire.

Je ne perds pas de vue qu’Oswald est d’une époque qui avait besoins de cette dimension particulière et superficielle de la spiritualité. Je ne blâme donc pas cet aspect de son ouvrage. Ce que je lui reproche c’est d’avoir sciemment transformé la gravure de Basie Valentin pour tenter de faire confondre ses désirs avec la réalité.

Le fait d’avoir transformé une étoile à six branches, ou sceau de Salomon (sel du mont ou des hauteurs), en une étoile à cinq branches détruit le symbolisme alchimique de la gravure. En plus la disparition des vibrations ondulatoires qui rayonnent de cet astre sommital lui enlève toute la dimension ésotérique fondamentale.

En effet, les vibrations célestes en questions, ou mercure universel, sont essentielles à l’alchimiste autant pour son oratoire que pour son laboratoire.

La gravure montre que ces vibrations sont inséparables des deux luminaires : le soleil et la lune. En effet le soleil, et plus particulièrement la lune irradient ce genre de vibration qu’il ne faut pas confondre avec la lumière polarisée. Telle est la raison pour laquelle Basile Valentin a souligné cet aspect de la lune croissante en doublant le trait de la concavité du croissant lunaire.

Oswald Wirth, toujours polarisé par son interprétation, univoque, ne représente pas cette particularité fondamentale. Pour lui, obnubilé pas son unique spiritualité verbale, ce détail de la gravure est secondaire et n’a pas de sens.

Voici un exemple de la prose d’Oswald :

« L’adepte ne peut réaliser le Rebis qu’après avoir dominé les attractions élémentaires. Tout ce qu’il y a en lui d’inférieur, de brutal et de bassement instinctif doit être dompté, avant qu’il lui soit permis d’attirer le feu du ciel pour se l’incorporer. » p. 99, in Le symbolisme hermétique.

Voila des belles généralités qui ne sont que des mots dont la ressemblance avec l’homélie d’un curé est des plus remarquables.

L’adepte dira plus simplement d’être honnête et de se garder étroitement de faire souffrir qui que ce soit. Mais encore pour parvenir à cela faut-il prendre conscience de soi. Cette aptitude passe non pas par une psychanalyse mais par une formation aboutissant à un éveil.

En comparant ces deux gravures on distingue immédiatement qu’Oswald a voulu mettre en évidence l’équerre et le compas. Ce faisant il leur a donné une dimension que ces deux outils n’ont pas. Une telle disproportion ne pouvait qu’engendrer une erreur.

Ainsi la grandeur exagérée du compas fait que sa pointe, dans la gravure d’Oswald Wirth, est au dessous de l’étoile renfermant le symbole de mars. En réalité la pointe du compas est sur la pointe de flèche du symbole martien.

Mars représente le fer. Le fait que la pointe du compas soit sur la pointe de la flèche de mars signifie qu’il faut utiliser des pointes ou des clous de fer car Mars correspond au fer. 

 

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Wta38l_6FBWTID2MnmVp0sGr6Xo@126x141Basile Valentin

                                                                                                                       

C’est la particularité de la voie dite du « régule étoilé » dans laquelle le fer est nécessaire :

« Faite rougir, dit Philalèthe en sa préparation de l’antimoine martial, en un creuset 250g de pointe de clou de maréchal, et quand vous croyez qu’ils veulent fondre, jetez dans le creuset 15g d’antimoine… »

La correspondance de la pointe du compas avec la pointe de la flèche de Mars est donc significative et ne pouvais qu’être ignorée par Oswald Wirth désireux d’accréditer ses idées sur une « alchimie » spirituelle spéculative.

Le bras gauche du REBIS tient une équerre. Face à l’équerre est une étoile renfermant le symbole de Jupiter. Oswalt a omis de représenter une branche de cette étoile soulignée en traits gras et donc mise en évidence à dessein par Basile Valentin.

 

Jy8htNNwJokeQGnlgEb27ENVfi4@150x156O.Writh 

 

GFFO6RHmXx1pD73_18NIqTy-HiM@150x168 B. Valentin

 

 

Cette étoile est à côté de l’équerre. Le mot équerre est significatif puisqu’il vient du latin quadrare, « rendre carré », il désigne donc un carré lié à  Jupiter contenu dans l’étoile tout à côté de l’équerre. Paracelse en son Archidoxe magique signale que chaque planète du système solaire est associée à un carré magique. Chaque carré ayant un nombre de cases définies. Ainsi le carré de Saturne a 9 cases, celui de Jupiter en compte 16, celui de mars est pourvu de  25 cases, celui de soleil 36, vénus 49, mercure 64 et la lune 81.

Evidemment l’équerre met en évidence le carré magique de Jupiter. C’est le seul carré de 4 cases de côté. Il signale que la clé temporelle de l’alchimie du cinabre qui permet de fabriquer, ou « équarrir », la pierre philosophale est un multiple de 4. En effet, Solve dure 8 mois philosophiques et Coagula 16.

Les mois philosophiques sont des mois symboliques liés à la lunaison. Chaque chercheur doit découvrir, par ses propres moyens, la durée réelle de ce « mois » particulier. En alchimie l’étudiant doit découvrit lui-même les différentes étapes de la fabrication d’une pierre philosophale. L’accompagnateur se limite à confirmer quand l’étudiant est sur la bonne voie.

Nous sommes donc loin des cours professés et des stages de formation. Quoi qu’il en soit, à moins d’être une arnaque, l’alchimie ne saurait s’intégrer à des cours pour expliquer ce qu’est cette pratique ou encore faire partie d’une formation style « développement personnel ».

Aussi certains qui s’imaginaient pourvoir apprendre l’alchimie auprès d’un maître discoureur sont déçus car généralement leur motivation n’est pas suffisante pour affronter un travail de recherche.

Les vieux maîtres ont souvent mélangé les voies alchimiques dans un même symbole. Évidemment cela ne facilite pas la tache des chercheurs et les font pester, parfois avec raison, car certains alchimistes ajoutent à la confusion en créant de fausses pistes (on dit qu’ils sont « envieux »). Le but recherché est d’éloigner les curieux et superficiels, les impatients, les non motivés et ceux qui s’imaginent tout savoir.

Revenons à notre gravure de Basile Valentin.

Toutes les étoiles de la gravure sont des étoiles à six branches qui représentent, dans la symbolique alchimique et la nomenclature de l’ancienne chimie, une structure radiées apparaissant à l’occasion de certaines manipulations au laboratoire. Ce signe caractérise ce que les adeptes appellent la voie du régulé étoilé. Voie chère à Newton, à Fulcanelli et à Béranger Saunière le célèbre curé de Rennes le Château (Aude)… Et de  bien d’autres encore.

L’étoile est la marque canonique de la réussite du grand œuvre. Elle doit se manifester plusieurs fois à la surface du creuset. Tel est le sens des quatre étoiles contenant le symbole de Mars, de Vénus de Jupiter et de Saturne. Ces réitérations sont les conditions sine qua non de la réussite de l’œuf alchimique qui est représenté par la forme ovoïde générale de la gravure.

Qu’Oswald repose en paix dans son orient éternel.

Avec toute mon amitié.

PLANCHE… A TRACER, alchimie & Franc-Maçonnerie 1

(Cet article est le premier des deux qui portent le même titre).

Il est difficile de parler de certains sujets sans se référer à son propre vécu. Pardonnez-moi d’oser me mettre en scène… déjà que le je est haïssable ! La raison de cette entorse est que je suis persuadé que non seulement ce procédé insuffle un peu de vie au texte et facilite ainsi sa lecture mais surtout il aide à mieux saisir des explications parfois abstraites. En effet, cette manière de procéder contribue à mieux comprendre et analyser un sens obscur grâce à l’extrapolation analogique avec l’histoire racontée. Que les « humbles » qui jugent cette manière didactique répréhensible soient rassurés, je ne les contredirais pas s’ils affirment que mon ego est monumental…

 In illo tempore, au milieu des années 50 – je n’avais pas quatorze ans – j’étrennais ma première salopette de menuisier. Au collège technique de Narbonne (jouxtant le collège Victor Hugo) je reçus mes outils et mes premières instructions au pied du chef d’œuvre d’un compagnon du tour de France. La complexité, la finesse de cette œuvre était étourdissante et à la seule vue de ce travail qui avait demandé plusieurs années de labeur acharné à un véritable artiste (nos guides nous répétaient inlassablement que dans le mot artisan il y a artiste, que les artisans étaient d’abord des hommes de l’art) je me demandais, ainsi que mes compagnons apprentis, si je n’avais pas fais fausse route, si le métier n’était pas au-dessus de mes capacités !

J’appris par la suite que nos instructeurs avaient voulu sciemment mettre face à face l’alpha et l’oméga, l’apprenti et le maître réalisé devenu, par ce chef d’oeuvre – concentré de ses vastes connaissances – meilleur ouvrier de France. Mes compagnons et moi-même comprirent par la suite que les premiers pas dans le métier exigeaient une prise de conscience afin de rester humble devant le travail qui commençait à peine, et respecter l’immense savoir en la matière de ceux qui nous guidaient.

Dans ce chef d’oeuvre, véritable dentelle de bois ou une fenêtre à imposte s’inscrivait au cœur d’une verrière (à petits carreaux) bombée vers l’extérieur. Peu de pièces étaient identiques et les assemblages me paraissaient impossibles à réaliser impeccablement dans leurs triples dimensions. C’est là, devant cet admirable travail, que me fut enseignée l’importance de la planche, non pas celle qui sert pour construire les échafaudages, mais celle qui devient une référence quand il s’agit de fabriquer une pièce complexe et que, dans le métier, on appelle planche à tracer. Ce fut également à ce moment que je réalisais qu’existait la cabale – ou manière, généralement phonétique, de s’exprimer – des alchimistes car cette fenêtre était consacrée tout entière à la génération, à la naissance (fait-naître) et donc à la néguentropie qui construit les êtres et les choses, qui génère les êtres vivants et les mondes (granule). Dans la philosophie des anciens ces divers processus de création s’appellent la « mondification ». C’est, dans le cadre des techniques de l’antique alchimie qu’existe une phase appelée création de « mondes » lorsque se sublime ou s’élève un corps brillant que l’on appelle l’étoile du matin… Il est évident que la genèse des mondes et l’étoile qui se lève ne saurait être mieux représentée que par la lettre G, initiale de granulation, genèse, Grand Œuvre, Graal et géométrie, ce dernier terme s’applique, évidemment, plus particulièrement à la planche à tracer. L’analogie de forme de la lettre initiale de ces différents termes – tout comme celle du C et du O – avec la sphère est suffisamment expressive pour comprendre que ce genre de parallélisme n’a aucun rapport avec le symbolisme spéculatif.

  L’étoile au sein de laquelle émergent les mondes, est représentée dans l’Église par la Vierge qui va enfanter. C’est pourquoi elle est appelée dans les litanies « étoile du matin ». Il s’agit donc, n’en doutons plus, d’un fait de laboratoire bien concret.

Après avoir été inscrite, à juste titre, dans le rituel maçonnique, cette étoile flamboyante fit l’objet d’approfondissements spirituels et donc d’analogies diverses d’une richesse considérable. Cette étoile de feu est inséparable de la mondification et donc de la création ne saurait être passée sous silence par les différents auteurs :

« La consécration des deux espèces (durant la messe) – dit Eugène Canseliet en son Alchimie[1]– correspond aux sublimations, qui composent, en somme, tout le deuxième œuvre, et que Philalèthe, en particulier, a dénommé les aigles volantes, parce que se produit alors l’élévation des parties subtiles et mondées, à la surface du compost. »

 Outre le parallélisme avec la messe – que connaissaient nos pères avant les réformes du concile Vatican II, – et la position des aigles volantes au début de solve, donc dès le deuxième œuvre (après la préparation ou premier œuvre) un passage n’aura pas échappé au lecteur, c’est celui de « parties subtiles et mondée ». Cette partie mondée correspond à la mondification, moment ou s’envolent les granules. C’est pourquoi dans les églises on dit que la chorale « chante à l’aigle », car le lutrin supportant l’antiphonaire à très souvent la forme d’un aigle posé sur une granule. Ainsi, Fulcanelli à la page 109 de son Mystère des Cathédrales (édition 1964) souligne sans ambiguïtés la relation entre la Genèse et les granulations :

 « De même que le jour, dans la Genèse, succède à la nuit, la lumière succède à l’obscurité. Elle a pour signature la couleur blanche. Parvenu à ce degré, les Sages assurent que leur matière est dégagée de toute impureté, parfaitement lavée et très exactement purifiée. Elle se présente alors sous l’aspect de granulations solides ou de corpuscules brillants, à reflets adamantins et d’une blancheur éclatante. »         [2]

 Les apprentis ou néophytes ne pouvaient être formés directement à l’alchimie opérative. Ils découvraient d’abord la théorie du Grand Œuvre qui précède l’entrée au laboratoire afin d’observer de visu l’Étoile du matin lors de la création des mondes.[3] Tout comme actuellement, les débutants étaient d’abord formés au maniement de l’analogie cabalistique, avec des extrapolations progressives vers l’alchimie interne et externe (laboratoire). C’est de cette manière que progressivement était enseigné un adepte qui devenait d’abord symboliste puis théoricien du grand art au fil des sept initiations. Au cours de la première était donnée la clé fondamentale de l’adjuvent salin permettant l’acquisition d’un vocabulaire particulier et de multiples extrapolations cabalistiques. La seconde montrait avec évidence l’importance des trois corps fondamentaux symbolisés par les trois points, afin d’accéder au compagnonnage. Ces trois points disposés en triangle symbolisent l’élément feu, lequel en sa qualité de substance, se place naturellement, par sa moindre densité, au dessus du mercure[4] qui sera plus tard à l’origine de la forme granulaire de la Pierre naissante.

Être frère aux trois points c’était donc connaître l’Athanor et ses feux et aussi le mystère de la triple séparation et de la triple réitération du rebis. La Maîtrise ou troisième étape permet de maîtriser le sens des poids de nature pour entrer de plain-pied dans la fabrication de la Pierre et l‘œuvre au noir ou sépulcre. Ces trois niveaux préparatoires aboutissaient donc à la couleur noire analogue au bleu, d’où l’appellation de loge bleue, dont le symbole « corporatif » est celui des vierges noires. A partir de ce moment pouvait commencer le véritable travail sur solve, s’achevant avec la troisième multiplication.

Tout cela, résume d’une manière quelque peu abstruse, ce dont je m’excuse en promettant de clarifier le sens. Mais ce sens est contenu dans la symbolique maçonnique d’une manière souvent précise. En bref et clairement, pour obtenir de bons résultats, il faut d’abord tracer la route du vaisseau (vaissel) philosophal, dont le Graal est autant l’extrapolation symbolique que la réalité tangible :

 « C’est bien à tort que l’on a voulu donner au Graal, écrit Claude d’Ygé (Nouvelle assemblée de Philosophes Chymiques, p 96, Éditions Dervy, Paris 1954-1972) une valeur uniquement spirituelle et mystique. Sans nier l’immense portée du Graal dans ce sens. Nous avons de très pertinentes raisons d’ajouter que ce « Vase merveilleux » existe sur la terre et qu’il y demeure toujours à la disposition des « hommes de bonne volonté. »[5]

 Vous l’avez compris, il s’agit ici de faire un parallélisme avec ce que les Francs-maçons appellent planche à tracer et l’hermétisme. Cette planche est représentée dans le « tableau » d’apprenti et dans celui de Compagnon tel que le décrit Jules Bouchet dans sa Symbolique maçonnique (1948) si souvent, et à juste titre, réédité.

 

 

[1] P. 276, éditions J. J. Pauvert, Paris 1978.

[2] La raison de cette forme granulaire est aisément compréhensible. Il suffit de verser un peu de mercure dans une boite de pétris, et en le remuant avec une tige de verre on observe la formation de multiples billes. La forme sphérique de la Pierre philosophale tend à disparaître au fil des opérations.

[3] Rappelons que lors de la réception dans une Loge d’un personnage important il est précédé par l’étoile. Ce rituel ne pouvait être réservé à l’origine qu’aux adeptes et non aux personnages importants politiquement économiquement ou autrement. Seul les adeptes sont les protecteurs de l’étoile qu’ils pérennisent. De ce fait ils sont les uniques successeurs des rois mages qui suivent l’étoile vers l’enfant Divin.

[4] Les adeptes appellent ce mercure ayant subi une transformation qualitative mercure des philosophes.

[5] Le Graal a, comme il se doit, trois acceptions. L’une est spirituelle et mystique comme dans les romans de la Table Ronde. Une autre est concrète et permet aux hommes de bonne volonté de le « fabriquer ». Une troisième correspond à une coupe très réelle dissimulée en un lieu précis. Cet endroit ne peut être découvert que par ceux qui peuvent « fabriquer » un Graal contenant le sang du Christ. Cela implique donc qu’un individu prétendant savoir à quel endroit est dissimulé cette coupe, se trompe en toute bonne foi ou l’affirme en toute mauvaise foi…